Vous connaissez l’histoire de la fille enceinte, à quelque chose comme dix huit ans, qui se fait larguer par son mec au dernier moment parce qu’il n’assume pas sa paternité? On a tous entendu parlé d’une histoire comme celle là, c’est
hyper banal comme truc. C’est l’objet de plusieurs films, c’est le genre de chose qui arrive tout les jours. La capote craque, la fille se retrouve en cloque et s’en rend compte trop tard… Enfin, on a tous cerné le genre de situation, on est d’accord.
Ne vous méprenez pas, je ne suis pas le fameux garçon qui laisse tomber sa copine pour continuer de vivre sa vie, rassurez-vous. En fait, ce qui fait la singularité de mon histoire, c’est que c’est moi qui me suit fait largué par ma copine après son accouchement. C’est elle, cette garce, qui n’a pas assumé. C’est elle qui s’est pointé chez moi un soir avec le bébé dans les bras pour me dire que c’était à moi de m’en occuper parce qu’elle en était incapable, parce qu’elle voulait continuer ses études, parce qu’elle voulait continuer de vivre sa vie de jeune fille, parce qu’elle était trop jeune pour une telle responsabilité et que ses parents risquaient de la foutre à la porte.
J’avais dix-neuf ans à l’époque et j’étais le garçon le plus paumé de la Terre, complètement livré à moi-même, avec un gosse sur les bras et désormais célibataire. J’ai dû arrêter mes études brusquement, et ça, juste avant mes partielles pour commencer à travailler de manière à payer ce qui était nécessaire pour l’enfant. Mes parents ont été compréhensifs et m'ont soutenu, ils ont même insisté pour s’occuper de tout pour que je continue mes études au départ, mais j’avais tellement été traumatisé par le fait que mon ex se soit défilée que je voulais faire absolument tout pour subvenir aux besoins de ma fille par mes propres moyens.
Quand j’ai rassemblé suffisamment d’argent et quand l’air de l’Angleterre est devenu trop irrespirable pour moi, j’ai décollé pour l’Amérique avec Cassiopée, ma fille, me persuadant que tout recommencer ailleurs serait ce qu’il me faudrait. Mes amis m'avaient délaissé puisque mes responsabilités avaient changés des leurs. Je n'étais plus étudiant, donc les soirées m'étaient interdites, je n'avais plus aucun moyen de trainer avec eux, de toute façon. J'étais tellement lessivé en rentrant du travail, que je ne pensais qu'à me reposer et ça, c'était seulement quand la petite acceptait de dormir durant quelques heures de suite. Je n'avais plus eu de vie sociale pendant au moins deux ans, puisque tout tournait autour de Cas. A vingt et un ans, je quittais finalement mes parents, la ville dans laquelle j'avais toujours vécu ainsi que les gens qui avaient été mes amis et qui au fur et à mesure avaient cessé de me dire bonjour quand on se croisait. J’étais prêt à prendre mon indépendance loin d’eux et j'étais complètement libre, car je partais sans regrets avec la seule personne qui importait dans ma vie : la chair de ma chair.
Après des débuts difficiles, j’ai finalement trouvé un job ainsi qu’un endroit dans lequel me poser pour un moment, près de Philadelphie. C’est là que j’ai rencontré ce qui en un rien de temps est devenu mon meilleur ami. Sa mère était une nourrice qui ne prenait pas trop cher, c’est donc chez elle que je laissais ma fille tout les jours pour aller travailler. Son fils et moi, nous nous croisions tout les jours et une complicité s’est peu à peu installée entre nous. Je passais le plus clair de mon temps libre chez lui au bout d'un certain temps. Ils étaient tous devenu un peu comme ma seconde famille, son père, sa mère, sa sœur et lui.
A cette période là, il tenait un groupe de musique avec sa copine. Il était à la guitare et elle au chant. Un autre gars jouait de la basse et la meilleure amie de la chanteuse était à la batterie. Ils n’étaient pas spécialement connus, mais cela ne leur empêchait pas de se représenter dans des petits cafés ou à des fêtes. Le groupe a volé en éclat le jour où mon meilleur ami s’est séparé de sa copine. Leur rupture a entrainé le départ de la chanteuse, mais aussi de la batteuse, par solidarité. Puis le bassiste a progressivement cessé de donner des nouvelles, ce qui a fait que nous l’avons totalement perdu de vue.
Le père de mon meilleur ami est tombé gravement malade peu de temps après ces événements. Un centre à San Francisco traitait sa maladie, c’est pourquoi il ne s’est pas écoulé deux mois avant qu’ils ne déménagent. Devenus comme des frères, il m’a proposé de partir pour l’autre coté de l’Amérique avec lui, sa sœur et ses parents. Cas était trop attachée à sa nourrice et moi, trop attaché à chacun d’entre eux pour rester à Philadelphie seul. Je n’ai donc pas hésité une seconde.
Nous nous sommes tous installés sur Nob Hill, la famille de mon meilleur ami disposant de revenus aisés, et voilà deux ans que nous vivons à San Francisco. Le père de mon meilleur ami nous a malheureusement quitté un an et demi après l’emménagement, ce qui a été un moment très difficile pour chacun d’entre nous. Mes parents se sont même déplacés d’Angleterre pour assister à l’enterrement.
S’en est suivi la formation de notre groupe à nous. Après le décès de son père, mon meilleur ami a eu besoin de se replonger dans la musique. Nous avons trouvé un batteur en un rien de temps, puis un bassiste, ainsi qu’un second guitariste. Le groupe se fait lentement connaitre, à coté de ça, nous travaillons tous de notre côté dans l’espoir d’un jour, pouvoir vivre de notre musique.
J'ai repris mes études que j'avais arrêté quelques années plus tôt, tout en disposant à coté d'un petit travail dans un lycée comme surveillant, histoire de toujours mettre un peu d'argent de coté, et j'essaye au mieux de m'occuper de ma fille en étant le plus présent possible, puis de gérer le succès naissant de mon groupe.